Au Canada, les actionnaires ne sont généralement pas personnellement responsables des dettes de la société. Une société par actions est une entité juridique distincte — ses dettes et ses obligations lui appartiennent, et non aux personnes qui en détiennent les actions. En vertu de la Canada Business Corporations Act (LCSA, art. 45) et de la Business Corporations Act de l'Ontario (LSAO, art. 92), les actionnaires sont expressément protégés contre la responsabilité de la société. Il existe toutefois des exceptions importantes que tout propriétaire d'entreprise devrait connaître avant de présumer qu'il est pleinement protégé.
Ce billet explique comment fonctionne la responsabilité limitée, dans quelles circonstances cette protection cède, et ce que vous pouvez faire pour la préserver.
Qu'est-ce que la responsabilité limitée et comment protège-t-elle les actionnaires?
Lorsque vous constituez une société par actions au Canada, la loi traite votre société comme une personne — une entité juridique entièrement distincte de vous. Elle peut posséder des biens, signer des contrats, emprunter de l'argent et être poursuivie en justice. Surtout, elle est également responsable de ses propres dettes.
Cette séparation crée ce que les avocats en droit des sociétés appellent la responsabilité limitée. Votre exposition financière à titre d'actionnaire se limite au montant que vous avez investi — le prix payé pour vos actions. Si la société fait faillite, les créanciers ne peuvent pas s'attaquer à votre compte bancaire personnel, à votre maison ou à vos épargnes pour recouvrer les dettes de la société.
Le fondement législatif de cette protection est clair :
- Au fédéral : la Canada Business Corporations Act, art. 45(1), prévoit que « les actionnaires d'une société ne sont pas, en cette qualité, responsables des obligations, actes ou défauts de la société ».
- En Ontario : la Business Corporations Act, art. 92, accorde la même protection — les actionnaires ne sont pas responsables des actes, manquements, obligations ou responsabilités de la société.
Voilà l'une des raisons principales pour lesquelles les entrepreneurs choisissent de se constituer en société plutôt que d'exploiter une entreprise individuelle ou une société en nom collectif, formes dans lesquelles les propriétaires assument personnellement toutes les dettes de l'entreprise.
Exemple : supposons que votre cabinet-conseil constitué en société accepte un contrat important, contracte des dettes et finisse par ne plus pouvoir les rembourser. Le créancier peut s'attaquer aux comptes bancaires et aux actifs de la société — mais pas à vos biens personnels. Vos actions peuvent perdre toute valeur, mais vos finances personnelles demeurent à l'abri.
Les actionnaires sont-ils responsables des dettes de la société? Les principales exceptions
La responsabilité limitée n'est pas absolue. Le droit canadien reconnaît plusieurs situations dans lesquelles les actionnaires peuvent être tenus personnellement responsables des obligations de la société. Comprendre ces exceptions est essentiel pour tout propriétaire d'entreprise.
1. Les cautionnements personnels
La façon la plus courante — et entièrement évitable — dont les actionnaires perdent la protection de leur responsabilité limitée est en signant un cautionnement personnel.
Lorsqu'une société souhaite emprunter de l'argent, un prêteur (banque, caisse populaire ou créancier privé) peut ne pas être satisfait de s'en remettre uniquement à la solvabilité de la société, surtout s'il s'agit d'une entreprise nouvelle ou de petite taille. Il peut exiger que l'actionnaire cautionne personnellement la dette : un engagement contractuel selon lequel, si la société ne peut pas rembourser, l'actionnaire le fera.
Dès que vous signez un cautionnement personnel, vous renoncez volontairement à la responsabilité limitée pour cette obligation précise. Si la société fait défaut, le prêteur peut vous poursuivre personnellement pour la totalité du montant.
Les cautionnements personnels sont fréquents dans les cas suivants :
- Prêts commerciaux et marges de crédit
- Baux commerciaux
- Ententes de crédit avec les fournisseurs
- Financement d'équipement
Conseil pratique : lisez toujours attentivement avant de signer. Assurez-vous de bien comprendre la portée de ce que vous cautionnez — certains cautionnements sont illimités, d'autres sont plafonnés. Négociez lorsque c'est possible. Si vous devez signer, assurez-vous que c'est véritablement nécessaire à l'entreprise et que vous comprenez votre exposition.
2. La levée du voile corporatif
Dans des circonstances exceptionnelles, les tribunaux canadiens peuvent « lever » le voile corporatif — écarter la personnalité juridique distincte de la société et tenir les actionnaires personnellement responsables des dettes de la société.
Ce recours est volontairement rare. Les tribunaux considèrent la responsabilité limitée comme un principe fondamental du droit des sociétés, et la levée du voile n'est possible qu'en cas d'injustice flagrante. Les tribunaux canadiens ont reconnu trois principaux contextes :
Fraude et conduite inappropriée. Lorsqu'un actionnaire se sert de la société comme bouclier pour commettre des actes frauduleux ou malhonnêtes. Cela exige plus que la simple détention d'actions — les tribunaux doivent constater à la fois une domination totale de la société et une conduite frauduleuse. Le seuil est élevé : de mauvaises décisions d'affaires, voire la négligence, ne suffisent pas.
Filiales « coquilles ». Lorsqu'une filiale n'est rien de plus qu'un pantin de la société mère — sans existence, but ou activité indépendants. Les tribunaux traiteront la filiale comme une partie de la société mère si la filiale n'existe que pour isoler la mère de la responsabilité.
Exigence législative. Lorsqu'une loi précise exige expressément la levée du voile. Il s'agit de la catégorie la plus prévisible.
Si vous exploitez votre société de manière légitime — en tenant des registres en règle, en séparant vos finances personnelles et corporatives et en menant une véritable activité commerciale — vous avez très peu à craindre des demandes de levée du voile.
3. Les responsabilités légales (surtout pour les actionnaires-administrateurs)
Dans de nombreuses petites entreprises, l'actionnaire et l'administrateur sont la même personne. C'est très important, car certaines responsabilités légales pèsent spécifiquement sur les administrateurs — et si vous cumulez les rôles d'actionnaire et d'administrateur, vous assumez l'exposition des deux.
Les principales responsabilités légales des administrateurs en Ontario et au fédéral comprennent :
-
Retenues à la source non versées : en vertu de la Income Tax Act (Loi de l'impôt sur le revenu), art. 227.1, les administrateurs sont solidairement responsables lorsque la société omet de verser les retenues à la source des employés (impôt sur le revenu, RPC, AE) à l'Agence du revenu du Canada (ARC). Il s'agit de l'une des responsabilités les plus lourdes — l'ARC poursuit activement les administrateurs pour ces montants.
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TPS/TVH non versée : les administrateurs sont personnellement responsables lorsque la société omet de verser la TPS/TVH nette en vertu de la Excise Tax Act (Loi sur la taxe d'accise), art. 323.
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Salaires impayés : en vertu de l'Employment Standards Act, 2000 (LNE, Loi de 2000 sur les normes d'emploi) de l'Ontario, art. 81, les administrateurs sont solidairement responsables de jusqu'à six mois de salaires impayés.
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Sommes détenues en fiducie en vertu de la Construction Act : en vertu de la Construction Act de l'Ontario, art. 13, les personnes qui exercent un contrôle effectif sur une société peuvent être personnellement responsables si la société détourne des sommes détenues en fiducie dans le secteur de la construction.
Le point essentiel : si vous n'êtes qu'un actionnaire passif — sans être administrateur — ces responsabilités légales ne s'appliquent pas à vous. Elles visent les administrateurs. Mais dans les petites entreprises à capital fermé, cette distinction est souvent purement théorique, puisque la même personne occupe les deux rôles.
4. Convention unanime d'actionnaires et responsabilité d'administrateur
En vertu de la Canada Business Corporations Act, art. 146(5), les actionnaires qui assument les droits, les pouvoirs et les fonctions des administrateurs au moyen d'une convention unanime des actionnaires (CUA) assument également les responsabilités qui s'y rattachent — dans la mesure des pouvoirs transférés.
Il s'agit d'une exception importante, mais souvent négligée. Si votre convention d'actionnaires donne aux actionnaires un contrôle sur des questions qui relèveraient normalement du conseil d'administration, examinez attentivement si vous avez, de ce fait, assumé la responsabilité des administrateurs.
Actionnaires et administrateurs : différences clés en matière de responsabilité au Canada
De nombreux propriétaires d'entreprise sont à la fois l'unique actionnaire et l'unique administrateur de leur société. Il est important de comprendre qu'il s'agit de rôles juridiquement distincts, assortis de profils de responsabilité différents.
| Actionnaires | Administrateurs | |
|---|---|---|
| Dettes de la société (en général) | Non responsables personnellement | Non responsables personnellement |
| Retenues à la source non versées à l'ARC (LIR art. 227.1) | Non responsables | Personnellement responsables |
| TPS/TVH non versée (LTA art. 323) | Non responsables | Personnellement responsables |
| Salaires impayés — jusqu'à 6 mois (LNE art. 81) | Non responsables | Personnellement responsables |
| Cautionnements personnels | Responsables si signés | Responsables si signés |
| Levée du voile corporatif (fraude, etc.) | Cas exceptionnels | Cas exceptionnels |
Plus vous cumulez les rôles — actionnaire, administrateur, dirigeant — plus votre exposition potentielle est large. Cela ne veut pas dire qu'il faut éviter ces rôles; cela veut dire qu'il faut les exercer avec la prudence voulue et, lorsque l'exposition est importante, envisager une assurance responsabilité des administrateurs et dirigeants (D&O).
Que deviennent les actionnaires lorsqu'une société fait faillite?
Lorsqu'une société devient insolvable et fait faillite, les actionnaires ne sont pas personnellement responsables des dettes impayées de l'entreprise. Les actifs de la société sont liquidés et répartis entre les créanciers selon l'ordre de priorité établi par la Bankruptcy and Insolvency Act (Loi sur la faillite et l'insolvabilité) :
- Créanciers garantis (ceux qui détiennent une sûreté enregistrée sur les actifs de la société — banques, prêteurs d'équipement)
- Créanciers privilégiés (certaines réclamations prévues par la loi, y compris les salaires des employés sous certaines conditions)
- Créanciers non garantis (fournisseurs commerciaux, prestataires de services)
- Actionnaires (en dernier lieu)
En pratique, les actionnaires ne reçoivent souvent rien lors de la faillite d'une société. Les actifs de l'entreprise suffisent rarement à régler tous les créanciers, et encore moins à rembourser les actionnaires. Votre investissement dans la société — le prix payé pour vos actions — est perdu.
Ce que vous ne perdez pas, ce sont vos biens personnels. Les créanciers ne peuvent pas vous forcer à verser des sommes supplémentaires au-delà de votre investissement initial en actions.
Exception : si vous avez signé des cautionnements personnels, ceux-ci survivent à la faillite de la société. Le créancier cautionné peut vous poursuivre personnellement pour le montant cautionné, indépendamment de l'insolvabilité de la société.
Qu'en est-il des sociétés à responsabilité illimitée?
Toutes les sociétés canadiennes n'accordent pas la responsabilité limitée à leurs actionnaires. Quatre provinces permettent la constitution de sociétés à responsabilité illimitée (SRI) : la Colombie-Britannique, l'Alberta, l'Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse.
Dans une SRI, les actionnaires sont personnellement responsables des dettes et obligations de la société — solidairement et sans limite. Cela est en opposition directe avec la structure par défaut à responsabilité limitée.
Les SRI sont peu utilisées par les entrepreneurs ontariens. Elles existent principalement parce qu'elles peuvent offrir certains avantages fiscaux aux sociétés mères américaines ayant des filiales canadiennes. Si vous constituez une entreprise en Ontario en vertu de la Business Corporations Act (Ontario), vous obtiendrez une société par actions standard à responsabilité limitée — et non une SRI.
Comment préserver votre responsabilité limitée à titre d'actionnaire au Canada
La responsabilité limitée est précieuse — mais elle ne s'entretient pas toute seule. Voici les gestes à poser pour la préserver :
Séparez rigoureusement les finances personnelles et corporatives. Ouvrez un compte bancaire corporatif. Versez-vous un salaire ou des dividendes. N'utilisez jamais les fonds de la société pour des dépenses personnelles, ni l'inverse. Mélanger les finances est l'un des signaux les plus clairs qu'une société n'est pas traitée comme une entité distincte.
Tenez à jour les registres de la société. Produisez les déclarations annuelles, tenez les assemblées annuelles (ou adoptez des résolutions écrites), consignez les décisions du conseil et mettez à jour votre livre des procès-verbaux. Une société qui a l'air d'une formalité administrative bâclée est plus vulnérable aux arguments de levée du voile.
Faites affaire au nom de la société. Utilisez le nom légal de la société dans les contrats, les factures, le papier à en-tête, les signatures de courriel et les comptes bancaires. Si une contrepartie ignorait raisonnablement qu'elle traitait avec une société, elle pourrait soutenir que la personne est personnellement responsable.
Soyez prudent avec les cautionnements personnels. Traitez toute demande de cautionnement personnel comme une décision importante. Comprenez ce que vous signez, s'il est négociable, et quelle est votre exposition maximale.
Consultez un avocat avant d'accepter un rôle d'administrateur ou de signer une convention unanime des actionnaires. Ces documents peuvent élargir considérablement votre responsabilité personnelle d'une manière qui n'est pas toujours évidente.
Foire aux questions sur la responsabilité des actionnaires au Canada
Les créanciers peuvent-ils s'en prendre personnellement aux actionnaires?
Généralement, non. Les créanciers de la société ne peuvent s'attaquer qu'aux actifs de la société. Les actionnaires sont protégés par la responsabilité limitée, sauf s'ils ont personnellement cautionné la dette, si un tribunal a levé le voile corporatif, ou si une loi précise impose une responsabilité personnelle aux administrateurs qui sont aussi actionnaires.
Les actionnaires sont-ils responsables des dettes fiscales de la société au Canada?
Les actionnaires ne sont pas personnellement responsables de l'impôt sur le revenu de la société. Toutefois, les administrateurs — qui sont souvent aussi actionnaires dans les petites entreprises — peuvent être tenus personnellement responsables par l'ARC des retenues à la source et de la TPS/TVH non versées, en vertu de la Income Tax Act (art. 227.1) et de la Excise Tax Act (art. 323).
Puis-je perdre mes biens personnels si ma société fait faillite?
Pas à cause de la faillite elle-même. Vos actions perdent leur valeur, mais vos biens personnels sont protégés. L'exception : si vous avez signé des cautionnements personnels pour des dettes de la société, ces obligations survivent à la faillite et peuvent être exécutées contre vous personnellement pour la totalité du montant cautionné.
Un actionnaire peut-il être poursuivi pour un acte commis par la société?
Généralement, non — la société assume la responsabilité juridique de ses propres actes et manquements. Un actionnaire ne peut être personnellement poursuivi que s'il a été directement impliqué dans l'acte fautif, s'il a fourni un cautionnement personnel, ou si un tribunal lève le voile corporatif pour cause de fraude ou de conduite inappropriée.
Se constituer en société protège-t-il vraiment contre la responsabilité personnelle?
Oui, pour la plupart des dettes d'entreprise — mais pas automatiquement pour tout. La protection exige que vous opériez réellement comme une société : finances séparées, registres en règle, nom corporatif. Les principaux risques sont les cautionnements personnels, les responsabilités légales des administrateurs, et la conduite frauduleuse.
Quelle est la différence entre la responsabilité des actionnaires et celle des administrateurs au Canada?
Les actionnaires ne sont pas personnellement responsables des dettes de la société du seul fait de leur qualité d'actionnaire. Les administrateurs font face à des responsabilités légales supplémentaires pour les retenues à la source non versées à l'ARC, la TPS/TVH et les salaires impayés. Dans de nombreuses petites entreprises, la même personne est à la fois actionnaire et administrateur — et les deux régimes s'appliquent alors.
Sources et ressources officielles
Lois fédérales citées
- Canada Business Corporations Act, art. 45(1) — Immunité des actionnaires
- Canada Business Corporations Act, art. 146 — Convention unanime des actionnaires
- Income Tax Act, art. 227.1 — Responsabilité des administrateurs pour les retenues à la source non versées
- Excise Tax Act, art. 323 — Responsabilité des administrateurs pour la TPS/TVH non versée
- Bankruptcy and Insolvency Act — Priorité des créanciers et distribution
Lois de l'Ontario citées 6. Business Corporations Act (Ontario), art. 92 — Responsabilité limitée des actionnaires 7. Employment Standards Act, 2000, art. 81 — Responsabilité des administrateurs pour les salaires 8. Construction Act (Ontario), art. 13 — Responsabilité personnelle pour les sommes détenues en fiducie
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Comprendre la responsabilité des actionnaires est essentiel pour structurer correctement votre entreprise. Que vous soyez sur le point de vous constituer en société, que vous révisiez votre structure corporative existante ou que vous fassiez face à une situation où votre responsabilité personnelle est en cause, obtenir les bons conseils juridiques tôt peut vous éviter une exposition financière importante par la suite.
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